MARCHE DENTELLIER 2021 se déroulera les 25 et 26 septembre - Retrouvez toutes les informations utiles dans la rubrique "Marché dentellier"




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Les dentellières du Havre



Le Havre a été pendant deux siècles, le XVIIe et le XVIIIe, le centre d'une "manufacture" de dentelle.
Les femmes de marins et de pêcheurs du Havre et de sa région jusqu'à Fécamp, celles des environs de Honfleur, au total environ quinze mille selon un recensement opéré en 1749, environ vingt mille selon le duc de Saint-Aignan, gouverneur du Havre, s'adonnent à ce travail.

La confection de la dentelle a été introduite au Havre sous Henri IV, probablement par des personnes venues de Dieppe. D'abord passe-temps pour les demoiselles des familles aisées ce travail devient rapidement un moyen d'existence pour les gens du peuple, un complément indispensable au salaire du marin.

Les dentelles blanches du Havre s'exportent en quantités considérables pour les colonies françaises des Antilles, pour les colonies espagnoles d'Amérique centrale et du Sud. Les envois sont surtout importants pour Cadix, port du sud de l’Espagne, qui se charge de les expédier vers les Amériques. Il n'est guère de cargaisons parties du Havre qui ne fassent mention de quelques ballots de cette précieuse marchandise.
Ainsi en 1685, les échevins certifient que Nicolas Longuemare, marchand de dentelles, a fait embarquer, à bord du navire "Gabriel-André", six caisses de dentelles à destination de Cadix. Divers documents prouvent que les dentelles du Havre étaient aussi vendues à Paris, à Lyon, et surtout à la célèbre foire de Guibray, près de Falaise, la plus importante de la région du Nord-ouest.

Les femmes du Havre et des environs faisaient de la dentelle au fuseau. Elles utilisaient un coussin nommé carreau, placé dans une sorte de boîte en bois qu'elles posaient, assises, sur leurs genoux ; des fuseaux en bois, sortes de petites bobines munies d'un manche et des aiguilles à tête ronde pour maintenir les fils.

La manufacture du Havre confectionnait des fonds simples ou doubles, c'est à dire une dentelle serrée à laquelle on ajoutait diverses ornementations au point mouchet ; on faisait aussi de la guipure ou dentelle à larges mailles, et enfin une sorte d' épaisse Valenciennes.

Un dictionnaire de 1707 parle du "point du Havre" pour désigner ces sortes de dentelles. Dans l'inventaire de ses biens dressé à la mort de Colbert, le grand ministre de Louis XIV, on relève "deux housses de toile piquée, deux camisoles de pareille toile, avec dentelle du Havre ", c'est dire sa renommée.

Les dentellières travaillaient pour des marchands qui se chargeaient de la vente et des exportations. On a compté jusqu'à trente marchands de dentelles au Havre en 1749, le dictionnaire d'Expilly de 1766 dit que certains de ces marchands firent "des fortunes considérables"...

Les dentellières étaient entièrement dépendantes de courtières qui se chargeaient de collecter le travail fini auprès des ouvrières et de les porter chez les marchands. Ceux-ci fixaient un prix, à prendre ou à laisser, généralement cinq sols l'aune pour la dentelle commune faite de gros fil, la plus répandue, et jusqu'à trente livres (360 sols) l'aune pour les travaux d'une particulière finesse. Pour avoir une idée de la valeur de ce travail, rappelons qu'au XVIIIe siècle, le pain vaut deux sols la livre de 500g, la viande de boeuf ordinaire sept sols la livre, les oeufs, un sol pièce ; un bon ouvrier gagne deux livres par jour ; enfin, l'aune mesure environ un mètre et dix-huit centimètres. La courtière prélevait naturellement sa part sur le prix accordé. La part qui revenait à l'ouvrière devait être bien mince car, d'après les registres de l'impôt de la capitation, les dentellières faisaient partie des catégories les plus pauvres de la ville. Dans le rôle de 1701, sur les 339 havrais incapables de payer cet impôt, on relève les noms de 52 dentellières.

Gagne-pain ou salaire d'appoint, mais aussi dans certains cas, travail forcé si on se rapporte à ces contrats de louage de servantes qui se concluent sous réserve d'apprendre à faire de la dentelle. D'ailleurs, l'Institution des Filles de la Charité du Havre ne sollicite-t-elle pas auprès des échevins, en 1685, l'autorisation d'instruire les filles des familles pauvres dans les principes de la religion et leur apprendre à faire de la dentelle pour gagner leur vie ?

En 1743, les Dames de la Miséricorde, organisme charitable, futur bureau de bienfaisance, inquiètes du déclin de l'industrie de la dentelle et soucieuse de la moralité publique, adressent à l' Archevêque de Rouen, une supplique dans laquelle elles demandent l'autorisation de fonder une école pour faire apprendre gratuitement aux jeunes filles à faire de la dentelle afin de "prévenir les mauvaises mœurs d'une quantité de pauvres filles qui n'ont dans leur jeunesse d autre profession que celle d'aller pêcher des moules le jour et la nuit avec des garçons de leur âge, où presque toujours elles perdent leur innocence...".
L'école, ouverte en 1761, est tenue par quatre maîtresses, deux qui sont occupées à enseigner continuellement les dentelles, les deux autres à surveiller le travail des enfants.
En 1774, l'école est tenue par neuf maîtresses qui ont la charge de 150 fillettes et jeunes filles.

Si l'on en croit un registre de police de 1681, la présence de ces dentellières mettait une certaine animation dans les rues du Havre. En effet, cette année-là, on interdit aux dentellières" de s'attrouper dans les rues pour faire leur dentelle ; il leur sera seulement permis de travailler le long des maisons, sans aucun siège devant elles, pourvu toutefois que les passants n'en soient pas incommodés". Dans ces rassemblements, les langues devaient aller bon train car, en 1686, un commerçant se plaint que les dentellières qui s'installent devant sa boutique regardent sous le nez les clients qui veulent entrer chez lui, "s'entretenant d'eux et de tous les passants".

Malgré les efforts de l'école de la Miséricorde, le nombre des dentellières diminue. En 1793, on ne dénombre plus que 593 femmes qui exercent cette profession. Elles ne sont plus qu'une dizaine en 1820.

En 1826, un Anglais nommé Cowlishaw installe une fabrique de dentelle mécanique à Ingouville ; elle disparaît en 1830. Il faudra attendre la fin du XIXe siècle pour voir apparaître au Havre quelques dentellières bretonnes qui s'installaient aux beaux jours sur les marchés mais la "manufacture du Havre" a bel et bien disparu.

Source :
Extrait du livre "Hier, Le Havre" - tome1 aux éditions de l'Estuaire , Monsieur Jean Legoy.


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