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LES COIFFES BRETONNES
2ème partie



Nous avons choisi à dessein l’exemple de l’une des plus grandes coiffes de Bretagne devenue la plus petite.

Mais cela ne veut pas dire que le processus a partout été le même. Pour le béguin de Josselin, le Bavolet a été conservé, il a été gardé en partie pour la petite coiffe de Pontivy(2) et la coiffe d’Auray(2), il en reste des vestiges sur les ailes du petit béguin de la coiffe Lorientaise.

Nous nous sommes appliqués à délimiter le rayon d’influence de chaque type. Mais ce qui est vérité en ce mois de juillet 1928, ne le sera sans doute plus d’ici deux ans.
Des raisons d’économie font abandonner les vieux types locaux. On prend la coiffe que l’on peut repasser soi-même. Voilà ce qui explique le succès, il y a cinquante ans, de la Polka et les conquêtes actuelles de la coiffe d’Auray(2). Les victoires de la Kiz Fouën sont dues à une autre cause. Elle a conquis par sa grâce.

Dans la Bouche de Fer, Paul Féval se complait à la description d’une foule sur la place du Palais à Rennes. Il note les vingt variétés de coiffes qui s’y trouvent. Aujourd’hui, en pareille circonstance, vous ne verriez plus que des Polkas et des Catioles.
Emile Souvestre, dans les Derniers Bretons, nous énumère les cent variétés de coiffes qu’il a rencontrées entre Port-Louis(2) et Auray(2). Or bientôt nous n’y rencontrerons plus que le type de cette dernière ville.

Nous avons cherché à donner à chaque coiffe le nom qu’elle porte le plus généralement. Mais nous nous sommes heurtés ici à de grosses difficultés. Elle en porte plusieurs et puis, elle ne les a pas dans les pays où on l’arbore.
Ne vous avisez pas de dire à une jeune fille de Douarnenez(1) qu’elle est coiffée d’une Penn Sardinn. Vous seriez mal venu, et elle aurait quelque raison de se froisser. Une jeune fille de Châteaulin(1), que nous interrogions il y a quelques mois, ignorait totalement que sa coiffe s’appelât la Sparl.

Mais c’est dans le pays voisin qu’on la désignera ainsi :
" Elle porte la Sparl, dira une jeune fille arborant la Tintaman."
"- C’est une Penn Sardinn", déclarera une enfant de Pont-Aven(1) ayant adopté la Kiz Fouën.

Ce n’est que vers 1850, que par suite de la baisse du prix des dentelles due au machinisme, les coiffes devinrent plus élégantes. On constata d’abord de simples bordures ouvragées, puis toute la coiffe fut brodée.

Il y eut donc transformation, adaptation aux temps nouveaux. C’est justement parce qu’en Bretagne nous avons su nous plier aux circonstances que la coiffe demeurera. Partout où elle est restée rigide, où elle a engoncé la figure des jeunes filles dans une chape de toile, elle a disparu.

Notre coiffe bretonne se modifie sans cesse, c’est là une preuve de sa vitalité. Aussi pouvons-nous répondre à ceux qui nous apportent des craintes sur son avenir : Elle vivra !
Elle vivra parce que, vers 1850, les esprits judicieux des ancêtres de la première Renaissance bretonne en firent un symbole. L’amour du pays est chez nous assez profond pour ne pas avoir besoin de la Tradition pour lui servir de guide. C’est dans les cœurs des Bretons qu’il prend sa source. De même que nos aïeux ont sur se créer un style en empruntant aux uns et aux autres ce qui leur plaisait et en l’arrangeant à leur manière, de même nos mères ont puisé dans ce goût inné de la race en dans leur souci d’élégance le secret de la beauté de leurs atours.

Breiz à Virviken : Bretagne à jamais ! Nous avons le droit de pousser ce cri.
"Oh ! nous ne sommes pas les derniers des Bretons".

Tu vivras, ô mon pays, car tu ne puisses pas tes forces un passé mort, mais tu vivifies de ton âme restée pure, tous les souffles qui passent sur toi !

Maurice Bigot

(1) Commune du département du Finistère
(2) Commune du département du Morbihan
(3) Commune du département d’Ille et Vilaine

Source :
Livre de Maurice Bigot ; 100 modèles différents aux éditions O.L. Aubert Editeur à Saint Brieuc. (Né le 7 février 1883 à Lorient ; décédé à Lorient le 16 février 1939 ;il fut journaliste à Rennes, d'abord à l'Ouest Eclair puis au Nouvelliste de Bretagne, avant de terminer sa carrière à la rédaction du Nouvelliste du Morbihan à Lorient de 1929 à 1939.
Auteur de : "Rennes à travers les âges", "Les coiffes bretonnes", "Le culte de la Vierge à Hennebont".)
Photos issues du livre de Maurice Bigot

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Lorient, Port-Louis, Pont-Scorff, la partie du Sud du Canton de Plouay, Bletz, Hennebont, Baud, Pluvigney, Grand-Champ, Auray, Locminé et la partie Ouest du Canton, portent un Capot
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