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La symbolique des animaux dans la dentelle



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L’animal règne en maître dans notre siècle, il vit chez nous à moins que nous ne vivions chez lui et il est présent partout, véhicule dans l’imagerie médiatique des notions de confort, de sécurité, réveillant parfois notre pitié, notre attendrissement, notre inquiétude, il devient caricature, presque vivant, presque modèle. L’animal imaginaire est promu au rang de héros, il peuple les chambres d’enfant se chargeant même de veiller à son sens moral.
Notre dentelle contemporaine s’en fait le reflet. Les catalogues de modèles à fils coupés nous proposent des floraisons de canards, de chats et autres oursons, souvent dans des attitudes humaines.


Il n’y a rien d’occulte dans cette présence animalière. Si on remonte le temps, les réalisations dentellières du XIXe et du XVIIIe ne nous offrent généralement que des magnificences végétales, parfois exotiques, des formes et des décorations baroques dans leur luxuriance. Le romantisme et le goût de la nature qu’il sous tend sont passés par là.
L’animal, quand il est présent est presque végétal de beauté et de couleur même si la dentelle demeure blanche : le paon, le dispute au papillon. L’animal est une décoration.


Un souvenir de symbolisme demeure dans l’aigle, le lion. Tous deux utilisés comme symbole de royauté, le lion y perd… son histoire est si riche ! En continuant à remonter le temps on le retrouve présent dans les dentelles du XVIIe et surtout dans les filets du XVIe accompagnant une foule d’animaux.
On peut penser que sa présence est bien là parée de toute la symbolique médiévale qui lui laisse sa noblesse bien sûr mais lui adjoint la vigilance. On sait peu qu’il est réputé avoir toujours les yeux ouverts, qu’il est très puissant, car son souffle est censé ramener à la vie ses petits nouveau-nés, dans vie apparente, au bout de trois jours !
La production dentellière du XVIe est, comme toutes les autres formes d’art de l’époque, complètement imprégnée de cette symbolique héritée du Moyen-Age. L’imaginaire avait une très grande place mais l’imagerie aussi, nous n’avons pas inventé les modernes pictogrammes qui se lisent d’un seul coup d’œil. L’animal est à lui seul un message. Ces charmantes et parfois naïves représentations animalières sont des «bandes dessinées» qu’il convient de lire avec une âme du siècle pour bien les comprendre mais dont la poésie ne peut pas laisser indifférent.


Le bestiaire est d’importance et peut être étudié à travers tous les arts de l’époque et il n’est pas inutile, par curiosité de savoir quel message nous délivrent les animaux en dentelle que l’on peut croiser au détour d’un ouvrage et d’une pièce ancienne.
Certaines significations évidentes, sont parvenues jusqu’à nous : qui ne sait que le renard est la ruse, le loup la sauvagerie, le sanglier la grossièreté, le chameau la sobriété, le chien la fidélité, le lapin la fécondité et l’âne l’humilité. Les possibilités et les vertus qu’on attribuerait à des animaux pourtant domestiques ou presque, laissent parfois étonné : on a trop oublié que la belette, qui symbolise le courage est très particulière dans son comportement de reproduction : elle est en effet censée concevoir par l’oreille et mettre bas pas la bouche… une qui a tout dans la tête !

Le tigre reste royal mais il est l’image du narcissisme et se détourne du droit chemin en se laissant fasciner par ses propres erreurs. Malin comme un singe… on le savait ! mais il faut prendre malin dans un sens diabolique et c’est au XVIe siècle le prince des enfers lui-même qui prend l’apparence d’un quadrumane.
Le poète du XIXe cherchait en son cœur et sa souffrance la source de son inspiration, comparaison affaiblie venant aussi du passé. C’est son propre sang que le pélican aspire dans sa poitrine pour ramener ses enfants à la vie et c’est ce dévouement, cette abnégation admirable qui le font rencontrer si souvent tant dans la dentelle à l’aiguille qu’au fuseau. Les animaux domestiques ont une symbolique très religieuse. La chèvre que l’on sait têtue, rebelle et parfois agressive est le pêcheur, le damné même ; tandis que le mouton, passif et obéissant, est bien sûr l’Elu. Le taureau, sans doute parce qu’on le tue déjà dans les corridas, symbolise la passion du Christ. Le cerf est ambigu : il est danger mais sa viande rend immortel. Il y a aussi les animaux fantastiques.


Les plus belles et les plus fréquentes représentations sont toutefois mystiques et sortent de l’imaginaire enfiévrée de peur de nos aïeux. Les dragons, qui sont parvenus jusqu’à nous mais souvent d’une manière un peu moins effrayante, sont un mélange inégal de lion, d’oiseau et de serpent, leur souffle fétide et enflammé est déjà la bouche de l’enfer. Le griffon lui a toujours une moitié de lion mais aussi une moitié d’aigle. Il règne ainsi à la fois sur terre et dans le ciel. Les mélanges monstrueux sont multiples, la queue de serpent y est souvent de règle. Ils se nomment manticore, basilic, amphisbène… tous plus pervers plus dangereux, plus nauséabonds les uns que les autres… vous ne manquerez pas de vous méfier de l’humble méduse à la chevelure de serpent tout autant que les satyres aux pieds fourchus et autres harpies aux ongles acérés.


Les animaux fantastiques ont-ils vraiment disparus de l’univers dentellier ? sans doute si on oublie que le zodiaque est une grande symbolique qui continue à connaître les faveurs de nombreuses manipulations de fuseaux. On y trouve de vrais animaux comme notre lion !... le bélier… le taureau… le scorpion, les poissons, mais voilà le capricorne et le sagittaire lubrique… Alors pourquoi ne pas aller plus loin et dessiner un animal extraordinaire…
Recette : mêler deux ou trois symbolismes et le morceau d’animal concerné, par exemple, un peu de fourmi pour la persévérance, un peu d’abeille pour le goût du travail et la douceur ! et un grand morceau de hibou pour la sagesse. On pourrait obtenir un symbole de dentellière…



Eliane LAURENCE

Source : Article et photos issus de la Revue "La Dentelle" n° 54 - Juillet 1993


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