IMPORTANT : Marché dentellier samedi 23 septembre 2017 à Magalas.


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LA REVOLTE DES DENTELLIERES




L'ardeur des dentellières n'était pas une légende. Le travail ne manquait pas et la vie, s'écoulait joyeuse, dans ce pays sauvage et indompté, hérissé de pics volcaniques d'où s'échappaient des sources parfois chaudes. La nature s'était laisser aller à des débordements de colère et avait façonné les paysages comme au commencement du monde.

Le long de la rue des Tables, qui descendait vers le cente de la ville du Puy, face à la cathédrale, les dentellières exposaient leur travail tout en s'assemblant autour de la "chèvre", sorte de guéridon. C'était un plaisir que de travailler sous la lumière irremplaçable du soleil, en surveillant enfants et petits-enfants qui égayaient la rue de leurs jeux turbulents.

L'hiver, dans les maisons trop sombres, les dentellières plaçaient entre la lampe et le carreau un "doulhi", sorte de vase rond rempli d'eau, faisant usage de loupe et facilitait l'exécution des 2500 points nécessaires pour effectuer 10 cm² de dentelle. Patience, rigueur, et une bonne vue étaient alors indispensables.

Parfois, elles travaillaient individuellement devant leur porte attendant le retour du père, du mari, partis aux champs ou à l'estive.

L'activité de ces adroites ouvrières était magique. Leur renommée dépassa rapidement les frontières de l'Auvergne, la beauté des parures rehaussait le teint de la plus laide des femmes, habillait de majesté la plus bancale, donnait de la luminosité aux prêtres, et réchauffait les églises.

L'intensité et la quantité de travail permettait aux plus démunis de s'orner de dentelles, et tous les gens du peuple en portaient.

Dans ces temps anciens à peine sortis du sevrage, les nobles virent d'un mauvais oeil des parures de rois sur les petites gens. Derrière leurs éventails, les belles provinciales s'évanouissaient, trop scandalisées pour exprimer autrement leur mépris.

Aussi, au XVIIè siècle, le Parlement de Toulouse en interdit le port.

Ce fut un scandale sans précédent, qui entraîna une population dans le chômage. La dentelle faisait vivre toute une région. De nombreuses mères de famille, de veuves, subsistaient grâce à leurs doigts de fées.

Jeanne la plus jeune dentellière, n'accepta pas cet injuste décret. Son père était mort lors d'une épidémie de choléra. Aînée d'une famille de cinq enfants, elle travaillait pour aider sa mère, et la dentelle était sa vie. Comment accepter une telle injustice ? C'était une atteinte à la liberté, à la dignité, un retour au servage. Révoltée, Jeanne harangua toutes ses camarades de misère pour les décider à lutter. Elle s'habilla de dentelles et monta sur un tonneau, les incitant à descendre dans la rue manifester leur mécontentement et réclamer l'abrogation de cette stupide loi.

Parmi la foule des passants, un homme d'église écouta le discours plein de bon sens et de lucidité de Jeanne. François Régis, c'est ainsi que se nommait ce jésuite de passage. Il fut ému et épouvanté par la misère de ces femmes qui pour vivre n'avaient que leur adresse de créatrices. La plupart étaient seules, chefs de famille ou veuves, et cette loi les jetait à la rue.

François Régis s'intéressa au sort de ces malheureuses. Il adhéra au mouvement de Jeanne qui trouva en lui soutien et fidélité.

L'homme d'église réussit à influencer le Parlement et fit annuler le décret. Il invita alors tous ses confrères à révéler au monde entier les productions artisanales du Livradois et du Velay. La dentelle du Puy fut reconnue internationalement, comme celles de Venise, de Flandre, de Bruges ou d'Angleterre. Avec les points de rose, d'Alençons, d'Argentan, de Burana ou de France, la dentellerie monta à son apogée.

Les ouvrières avaient enfin un statut reconnu et travaillaient en équipes animées par la "béate", représentante d'un institut religieux.

L'action de François Régis fut portée au Vatican et l'homme d'église fut canonisé et nommé le saint patron des dentellières. Au bout de quelques années, Jeanne devint responsable d'un atelier. Elle épousa un riche commerçant, principal exportateur d'Auvergne, qui fit connaître ce merveilleux travail à travers le monde.

Extrait du livre : Les Histoires extraordinaires de mon Grand-père par Lucienne DELILLE - Editions CPE



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Dernière mise à jour le 15/09/2017 effectuée par Véronique LONG
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